LA COURSE DE L' ESCARGOT
L’annonciation à l’escargot de Francesco del Cossa
Un élément insolite met en mouvement et provoque une vision décalée,
un regard oblique, d'un des mystères les plus profonds de la tradition chrétienne:
«L’Annonciation, c’est, avec l’acceptation de Marie, le moment de l’Incarnation,
c’est à dire, entre autres et dans les termes du prédicateur, la venue de
l’incommensurable dans la mesure, de l’infigurable dans la figure.»
(in On n’y voit rien p54 de Daniel Arasse.)
Dans sa toile « L'Annonciation à l'escargot», Francesco del Cossa nous
invite à mettre en scène, sans la dévoiler, une confrontation entre deux mondes
opposés, le monde de la Loi et le monde de la Grâce, le monde de l'ordre et le monde
du tumulte ( Dieu demande la charité à Marie par l'intermédiaire de l'archange
Gabriel ).
La présence de l'escargot sur le bord de la toile nous entraîne sur les
pas de l'historien Daniel Arasse à une réflexion sur la représentation de l'espace et sur
l'espace de la représentation.«Dans ce que vous voyez, vous ne voyez pas ce que vous
regardez, ce pour quoi, dans l’attente de quoi vous regardez: l’invisible venu dans la
vision».
A travers l'interrogation que suscite cette présence, des icônes et des
symboles produits par le peintre, nous indiquent que nous, spectateurs, sommes
devant une représentation ( « oeuvre peinte» ) d'une représentation ( vision du
monde ). L'artiste nous laisse entrevoir que la peinture pense l'Infini qui s'ouvre aux
découvertes scientifiques de la Renaissance, mais par des figures. Plus que de poser
des problèmes philosophiques, il donne des solutions plastiques.
En interrogeant la tradition catholique, nous apprenons que l‘annonciation se déroule
en six temps:
A chacun de ces temps nous allons décliner une correspondance dans l’espace
pictural.
1. Au temps de «la Salutation» correspond l ‘arrivée de l’Archange,
2. A «la Conturbation», le trouble de la Vierge,
3. A «l’Annonciation humanitatis», la présence des humains,
4. A «l’Annonciation divinitatis», la place du Père,
5. Au «Quomodo» (le comment), la présence de l’escargot,
6. A «l’acceptation», correspond enfin le regard du spectateur.
Le poète, tel l'escargot sur le rebord de la toile, est « faiseur d'écart»!
Osons un «grand écart» par l’ entremise du philosophe Alain Badiou lorsqu'il met en
correspondance la tentative de Stéphan Mallarmé d'une «écriture nouvelle» et ce qu'il
nomme chez lui « les principes de la danse».
Car si les peintres reprennent à leur compte le projet de la rhétorique- enseigner,
persuader, émouvoir -, leurs mises en espaces ressemblent à des mises en scène
théâtrales. Voir le théâtre comme une métaphore de la vie et « la danse comme une
métaphore de la pensée», éclaire le regard du «sujet du poème».
Les six temps de l'Annonciation correspondent point par point aux six principes
philosophiques...
«les principes de la danse, non pas de la danse pensée à partir d'elle-même, de sa
technique et de son histoire, mais de la danse telle que la philosophie lui donne abri et
accueil»
(Danser sa vie,La danse comme métaphore de la pensée .Écrits sur la danse, collectif,
2011 ).
«Ces principes sont parfaitement clairs dans les deux textes que Mallarmé a
consacrés à la danse, textes aussi profonds que brefs, textes à mon sens, définitifs»
( A. Badiou ).
La Salutation........................................................obligation de l'espace
La conturbation …................................................ anonymat du corps
L'Annonciation humanitatis.................................. omniprésence effacée des sexes
L'Annonciation divinitatis..................................... soustraction à soi-même
Le quomodo.......................................................... la nudité
Fiat ou l'acceptation............................................ le regard absolu
Outre la mise en mouvement de tout ce que révèle une lecture
éclairante de la toile, se propose dans notre temps, une «performance» ou « mise en
scène-espace» de cette énigme.…
cf la vidéo sur le site:
charles-dalant@odexpo.com