Portraits Croisés


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ISABELLE BAECKEROOT
La peinture, un trajet vers soi
ODEXPO : Présentez-vous en quelques phrases : qui êtes-vous et quel est votre parcours artistique ?
ISABELLE BAECKEROOT : Je suis née en 1951 à La Fère (02). Vers 10-12 ans, il se trouve que je visite pas mal de sites et de musées en Italie. Je crois que c’est là que j’ai « chopé » le virus « peinture ». Après une licence d’histoire, je me tourne vers les Beaux-Arts (à Paris) parce que c’était mon objectif depuis l’obtention du baccalauréat.
Je m’inscris à la Maison des Artistes en 1984 et je m’organise un atelier de fortune dans l’appartement. Plus tard, j’aurais un atelier à Meaux, puis à Paris (10ème). Un peu avant 2000 je rencontre la technique du verre fusionné (fusing, c’est-à dire des couches de verre superposées et fusionnées au four) qui me séduit beaucoup. En 2002 je déménage en Isère et j’installe un atelier avec un four. Je reviens maintenant à la peinture, bien que n’ayant pas tout exploré de ce que je pouvais faire avec le verre, Le tout parcouru d’expositions, de salons, bref de toutes les tentatives possibles de montrer mon travail.

O : Quelles sont vos principales sources d’inspiration ?
IB : La peinture est pour moi un trajet vers soi. Les textes fondateurs, les mythes, les contes, qui mettent en relation les dimensions intérieures et leur représentation sont mes principales sources d’inspiration. Je les relie à mon approche de la nature qui a toujours été très présente pour moi.

O : Comment décririez-vous votre style ou votre approche artistique ?
IB : J’ai commencé par des personnages (Icare, Orphée…) sur des papiers d’affiches déchirés avec du pastel, j’ai continué avec des paysages désertiques (montagne, mer..) à l’huile sur toile, et j’ai eu une période où j’ai peint plutôt des « visions » intérieures très géométriques (sur support de cuivre notamment). En fait, j’exprimais toujours la même chose mais j’avais besoin d’explorer ces différentes formes qui correspondaient à des passages intérieurs. Je n’ai jamais su faire autrement que de suivre mon « moment ». Ce qui est commun, c’est la façon d’envisager la couleur, les passages de couleurs. Et une préférence pour un support papier, et toujours une attirance vers les pastels, les encres… Avec le verre, j’ajoutais la complexité (et l’envie) de la transparence dans mon travail.

O : Quelles thématiques ou questions abordez-vous dans votre art ?
IB : Je ne suis pas sûre d’aborder une thématique ou une question. Je réponds à mon envie de donner une vision sensible de ma présence au monde.

O : Décrivez votre processus créatif : comment passez-vous de l’idée à l’œuvre finale ?
IB : Le déclencheur peut être très anodin, un mot, une couleur, une musique... le feu qui brûle dans la cheminée... Souvent, je feuillette mes carnets de croquis. Et je regarde le blanc de la feuille pour que l'acuité du regard se mette en mouvement. Je me mets juste à l'écoute de la couleur que je vais poser. Je laisse le regard divaguer sur ce blanc jusqu'à ce qu'émerge le motif. Il y un moment où je me lance dans le vide.

O : Quel est l'outil ou le matériel indispensable à votre création ?
IB : Quand je travaillais le verre, les outils étaient plus contraignants (four, ponceuse, outils de coupe, émaux, pinceaux spéciaux…), maintenant il me faut surtout du papier et des couleurs. Je travaille avec des encres, des pastels, et des pigments (liés à l’acrylique). Sinon il y a tout un arsenal de pinceaux, et objets en tout genre allant du chiffon à la vieille carte bleue, les éponges… J’utilise aussi des encres et des pastels, que je reprends avec un pinceau humide.

O : Décrivez votre espace de travail.
IB : Mon espace de travail actuel n’est pas très grand (environ 24m2), je l’ai restructuré récemment pour en faire un atelier de peinture avec une vue superbe sur la chaîne de Belledonne, une grande table, un mur pour travailler la peinture (j’aime travailler sur papier sur une surface murale), des pinceaux, des gris-gris personnels accumulés au long des années. L’atelier c’est comme une protection, une armure quasi invincible où se trame tous les combats : les refus, les contournements, les victoires…

O : Parlez-nous d'une de vos œuvres qui vous tient particulièrement à cœur. Pourquoi ?
IB : J’aime bien cette peinture qui pour moi représente l’idée d’une ouverture et aussi de toute la tension et l’hésitation que l’on peut avoir devant cette ouverture. Elle correspond au moment où je commençais à envisager de reprendre la peinture après 22 ans à travailler presque exclusivement avec le verre.

O : Comment gérez-vous les périodes de doute ou de blocage créatif ?
IB : J’entretiens la « machine » en prenant des notes, croquis de façon un peu systématique, même si le « feu » intérieur n’y est pas. Et j’attends le déclic. Et surtout maintenant je sais que même si j’ai l’impression que je ne saurais plus jamais peindre, cela revient…
Et en attendant, pour moi, le jardinage est une bonne occupation.

O : Où voir vos œuvres ?
IB : J’essaye de faire régulièrement des expositions, je ne participe plus à des salons dont la préparation devient trop lourde.

O : Le mot de la fin…
IB : Le travail le plus délicat pour moi est de se faire connaître… Et je me rends compte que bon an mal an, j’ai construit un parcours de peinture (même avec le verre il s’agit aussi de peinture). Les nécessaires rangements ont conduit à éliminer ce que je ne considérais pas comme abouti, mais il en reste pas mal… Affaire à suivre.

En (sa)voir un peu plus...

INFOS


DISCIPLINE

ARTISANAT D'ART
Technique - Vitraux


PEINTURE
Style - Contemporain
Technique NC.
Support - Verre


SCULPTURE
Style - Contemporain
Technique NC.
Matériau - Verre
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