Portraits Croisés


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ISABELLE MISPELON
Couleur et Transparence
ODEXPO : Présentez-vous en quelques phrases : qui êtes-vous et quel est votre parcours artistique ?
ISABELLE MISPELON : Après 15 ans d’enseignement théâtral dans les cours parisiens et auprès de publics scolaires et étudiants, j'ai enrichi mon parcours artistique en travaillant avec les peintres Marino Barberio et Jean-Marc Denis puis avec les artistes verriers Martine et Jacki Perrin ainsi que Philippa Beveridge. J'ai également une formation de peintre en décors, à l’IPEDEC où j’ai appris la composition de mélanges ancestraux de médium, d’utilisation des pigments, et toutes les techniques des métiers très anciens de la fresque murale et du décor peint. Même si je ne les utilise pas en tant que telles.
Après une longue pratique sur support bois à base de pigments naturels et de chaux, je suis revenue à la toile car la variété possible des formats me laissaient plus d'espace pour ce que je souhaitais explorer : l'abstraction, alors que je m'étais cantonnée dans la figuration. C'est ainsi qu'en 2013 j'ai plongé corps et âme dans la couleur et la fluidité des formes. Aujourd’hui installée dans une ancienne usine de charpentes de la banlieue lilloise, dans un atelier baigné par la lumière du Nord, je poursuis un dialogue avec la Couleur et la Transparence. Abstraction fluide, dynamique, certains diraient lyrique …
Dans ma tentative de faire chanter la toile, je fait surgir des formes nuageuses ou océanes, des coulées de lave ou des abîmes profonds. Je propose ainsi au spectateur un voyage dans l’énergie vitale de la couleur.
Mes toiles cherchent à capturer le vent, dompter le bruit de la mer, traverser le cercle de feu, l’indicible de la peinture devenant alors source de liberté et occasion d’envol pour l’esprit ...

O : Quelles sont vos principales sources d’inspiration ?
IM : Les nuages, pour leurs couleurs subtiles et changeantes et les profondeurs abyssales, pour l’intensité des teintes et la violence qu’elles sous-tendent. L'humeur du monde ... et s'agissant d'autres artistes inspirants, dans mon panthéon personnel, je placerai Zao Wou-ki, Chu Teh Chun, Turner, Egon Schiele, Botticelli, Olivier Debré … mais j’en oublie sûrement. Je me nourris de toutes les formes d’art : théâtre, musique, peinture, danse, littérature ; c’est ma respiration, mon oxygène … Les différentes disciplines se répondent et s’entrecroisent.

O : Comment décririez-vous votre style ou votre approche artistique ?
IM : Mon travail se rapproche de l'abstraction lyrique. Je travaille avec des mélanges très dilués, térébenthine et huile de lin. Je commence avec un mélange « maigre », c’est-à-dire avec une proportion de térébenthine plus importante, mélange que je graisse au fur et mesure en rajoutant de l’huile de lin. Je travaille en « glacis », c’est-à-dire que je superpose des couches de couleurs transparentes, ce qui permet de travailler la couleur tout en gardant une vraie lumière qui vient du fond de la toile et qui n’est pas plaquée artificiellement par-dessus. Il y a très peu d’empâtements dans mes toiles. Je privilégie toujours la transparence. Je laisse la couleur courir sur la toile et je suis ses sinuosités, ses détours… La toile prend vie petit à petit, dans un dialogue permanent entre la main et l’esprit.

O : Quelles thématiques ou questions abordez-vous dans votre art ?
IM : L'art étant avant tout une émotion, je ne cherche pas forcément à explorer une question ou une idée mais plutôt à laisser surgir des émotions grâce à l'énergie de la couleur.

O : Quel est l'outil ou le matériel indispensable à votre création ?
IM : Toile, pinceaux, couteaux à peindre ou à enduire, chiffons, huile de lin, siccatif, essence de térébenthine ... Rien que du très classique, rien de révolutionnaire

O : Décrivez votre espace de travail.
IM : J'ai la chance d'avoir un grand atelier avec un éclairage zénithal ; j'ai donc toute latitude pour travailler sur de très grands formats ou de mettre en chantier plusieurs toiles à la fois.

O : Parlez-nous d'une de vos œuvres qui vous tient particulièrement à cœur. Pourquoi ?
IM : La toile "Last Exit" qui fait 100 x 100 cm a une histoire particulière. Comme d'habitude, je me suis lancée à fond dans l'envie d'une couleur : le rouge. Après application d'un fond bleu pâle, j'ai donc commencé avec toutes sortes de rouges : magenta, laque de garance, carmin alizarine, vermillon etc ... Rien ne fonctionnait. Rien ne venait. Après des jours et des jours de travail, je me suis "engueulée" avec ma toile et l'ai mise dans un coin de l'atelier durant plusieurs mois (de mémoire 3 ou 4 mois). Je l'ai reprise sur un coup de tête, décidée à gagner ce que j'estimais être un combat. Et sans être capable d'expliquer pourquoi, le bleu de Prusse s'est imposé soudainement. Travaillant toujours en transparence, j'ai laissé affleurer le rouge du dessous, et la toile s'est mise à vibrer, à parler. Le résultat est arrivé finalement assez vite. Mais le plus extraordinaire, c'est que quelques mois après l'achèvement de cette toile, Notre Dame a brûlé ... Le rapport me direz-vous ? Il est simple et surprenant : les photos de la voute effondrée de la cathédrale présentent une similitude assez troublante avec Last Exit. C'est pourquoi j'ai une affection toute particulière pour cette toile.

O : Comment gérez-vous les périodes de doute ou de blocage créatif ?
IM : Je dessine, je vais voir des expositions, je lis et quand vraiment rien ne vient, j'attends. ça arrive par vagues. Ou je fais des portraits : j'adore ça !

O : Le mot de la fin…
IM : J'ai mis sur la page de mon site la phrase suivante : "la peinture est une une manière d’être, la tentation de respirer dans un monde irrespirable" et n’est ce pas la fonction de l’art ? De nous rendre le monde plus vivable ? surtout en ces temps post covid et pré apocalyptiques !

En (sa)voir un peu plus...

INFOS


DISCIPLINE

ARTISANAT D'ART
Technique - Vitraux


PEINTURE
Style - Abstrait
Technique - Peinture à l'huile
Support - Toile
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