MONIC-MICHELE
ODEXPO : Présentez-vous en quelques phrases : qui êtes-vous et quel est votre parcours artistique ?
MONIC-MICHELE : Artiste peintre, je vis dans la Drôme qui est ma région d'origine. Le dessin et la peinture ont fait partie de ma vie depuis l'enfance et j'aurais aimé en faire mon métier (professeur, décoratrice, restauratrice, conservateur de musée ...) mais je suis d'une génération où on était majeure à 21 ans et où les parents choisissaient pour vous des études "sérieuses". Etant par ailleurs fille unique d'une famille aux revenus modestes, mes parents attendaient de moi des études courtes. C'est pourquoi à 22 ans en possession d'un BTS de secrétariat je suis devenue "peintre du dimanche". Autodidacte, certes, mais consacrant à la peinture tout mon temps disponible et ayant pour livre de chevet "La technique de la peinture à l'huile" de Xavier de Langlais. A l'âge de 16 ans mon oncle m'a offert une boîte de peinture à l'huile et à 20 ans ma mère et ma grand mère se sont cotisées pour m'offrir un beau chevalet. J'ai fait des reproductions de mes peintres préférés mais aussi des portraits et des paysages jusqu'à ce que des amis m'incitent à exposer en 1975. Grâce à mon mari qui m'a construit un atelier au Hameau de Rac à Malataverne en 1997 j'ai pu consacrer tout mon temps à la céramique et à la peinture en professionnelle. J'ai utilisé crayon et pastels sur papier, couleurs vitrifiables sur émail, peinture à l'huile sur toile et aujourd'hui acrylique sur toile ou bois. J'ai fait de nombreuses expositions en France et en Europe, obtenu de nombreux prix mais je crois que mon préféré reste le prix du public des enfants (2 fois) parce qu'ils sont notre avenir.
O : Quelles sont vos principales sources d’inspiration ?
M : J'aime peindre LA VIE sous son meilleur jour, ce qui sous-entend la nature, les humains et les animaux. J'ai aimé tellement de peintres de styles différents (Léonard de Vinci, Renoir, Vasarély, Yvan Generalic....) et j'ai rencontré tellement de peintres contemporains que je ne saurais dire s'ils m'ont influencée. Au fil des ans et des rencontres je crois avoir su affirmer un style personnel.
O : Comment décririez-vous votre style ou votre approche artistique ?
M : Dans mon jeune temps, je pensais être peintre figuratif mais après avoir reçu par deux fois un prix d'art naïf de la main de galeristes connus. J'ai fini par accepter cette étiquette. Après avoir participé à de nombreux Salons d'Art Naïf, j'ai compris que ce qui me rattachait à ce style (où il y a malgré tout beaucoup de diversité) était la richesse des couleurs, la finesse dans les détails et les sujets relevant du quotidien ou de l'imaginaire et je crois une certaine forme de poésie.
O : Quelles thématiques ou questions abordez-vous dans votre art ?
M : Une thématique personnelle ? Je crois que c'est très spontanément que j'aime représenter le monde qui m'entoure, sans me poser trop de questions mais en révélant mon ressenti plutôt que la réalité des choses. Il est des moments privilégiés où je voudrais arrêter le temps c'est pourquoi je le fixe sur une toile et c'est du bout du pinceau que je vais exprimer mes états d'âme dans des compositions qui peuvent être nostalgiques, joyeuses, humoristiques ou souvent poétiques. Peu importe que mon style soit qualifié de "naïf" ou autre, ce qui m'importe c'est qu'il trouve son public.
O : Décrivez votre processus créatif : comment passez-vous de l’idée à l’œuvre finale ?
M : Mon "processus créatif" commence par une étincelle, une idée qui surgit et s'affirme au fil des jours. J'y pense jour et nuit puisqu'il m'arrive souvent d'avoir une idée claire de ce que je vais peindre dès le saut du lit. Mais quand plusieurs idées surgissent à la fois je fais des petits dossiers dans lesquels je vais mettre des photos, des croquis et des annotations pour ne pas oublier. Pour commencer ma toile il faut que l'idée soit bien claire dans ma tête et je procède pas à pas, par exemple le ciel, le paysage puis les personnages jusqu'aux plus petits détails à la fin. Si notre époque n'était pas autant dans l'urgence je crois que j'aurais aimé faire des enluminures.
O : Quel est l'outil ou le matériel indispensable à votre création ?
M : Matériel indispensable , je dirais le crayon parce que je suis dessinatrice avant tout et je ne peux commencer à peindre qu'après avoir entièrement dessiné mon sujet. Mais comme j'aime beaucoup la couleur je vais ajouter mes acryliques extra fines avec des pinceaux synthétiques dont plusieurs petits pinceaux à trois poils pour les détails, de bonnes toiles de lin, un médium, un vernis et ma documentation. Voilà la base et ensuite selon la toile je vais ajouter des feutres acryliques, des perles de verre ou de résine, du papier, etc...Tout est possible et je ne suis qu'au début de mon exploration avec l'acrylique.
O : Décrivez votre espace de travail.
M : Mon espace de travail est aujourd'hui limité à une pièce de 10 m2 mais qui est bien suffisante pour un atelier de peintre. Son plus grand avantage est une fenêtre orientée à l'ouest et donnant sur un bout de jardin (j'aime y entendre les oiseaux). J'ai installé mon chevalet près de la fenêtre et près du grand placard ou se trouvent toutes mes fournitures. J'ai aussi à ma disposition une grande bibliothèque avec non seulement les livres que j'aime mais toutes les archives des exposition passées . Une longue table sous laquelle sont accrochés une vingtaine de petits tableaux, les plus grands sont au mur et sur la table le travail en cours. Un poste de radio-CD portatif pour travailler en musique.
O : Parlez-nous d'une de vos œuvres qui vous tient particulièrement à cœur. Pourquoi ?
M : Choisir parmi l'ensemble de mes tableaux est bien difficile, mais puisqu'il le faut je dirais "Notes perdues", une petite toile de 2012 qui représente le kiosque Peynet à Valence. Pourquoi ? Parce que Valence c'est la Drôme que j'ai beaucoup représentée et où j'aime vivre, parce que le kiosque c'est la musique qui m'accompagne toujours quand je peins, parce que Raymond Peynet c'est le symbole du peintre des coeurs et de l'amour, parce qu'il y a un chat et que j'aime les chats, parce que c'est mon mari, aujourd'hui décédé, qui a posé pour le balayeur de notes et que nous avons bien ri ce jour là puisqu'il a eu le temps de balayer toute la cour avant que je trouve la pose qui me convienne. Chacune de mes toiles a son histoire mais celle-ci est particulièrement chère à mon coeur.
O : Comment gérez-vous les périodes de doute ou de blocage créatif ?
M : Je trouve difficile de se confronter à d'autres styles de peinture et de choisir de vivre en province quand le succès vient de Paris. Bien sûr, j'ai des moments de doute et de non créativité mais je sais qu'ils ne durent pas. Dans ces moments là je vais prendre l'air, voir une exposition, visiter un musée, discuter avec un artiste ou boire un café en lisant un de mes livres d'art préféré.
O : Où voir vos œuvres ?
M : Au fil des ans j'ai tout testé, expositions en plein air, en Office de tourisme, en Mairie, restaurants, médiathèques. J'ai continué en Salons régionaux, nationaux et internationaux pour terminer dans des Galeries plus ou moins éloignées. Aujourd'hui je privilégie les Salons d'Art Naïf (comme à Mâcon) où je retrouve des artistes que je connais bien, quelques expositions régionales dans des lieux que j'aime (comme la Chapelle du Hameau de Rac) ou des expositions personnelles dans des Galeries plus proches de mon domicile où je me sens en confiance (comme la Galerie d'Etoiles à Montélimar). Bien entendu on peut aussi voir mes toiles dans mon atelier, sur rendez-vous ainsi que sur Facebook et sur mon site Odexpo. Sur ce site je m'efforce de mettre à jour les dates et lieux de mes diverses expositions et je suis régulièrement informée des messages envoyés sur la page "contacts".
O : Le mot de la fin…
M : Actuellement j'entends beaucoup parler d'intelligence artificielle qui pour les artistes peintres menacerait la créativité. Mon avis est que pour un artiste qui met un peu ou beaucoup de son âme dans son oeuvre il n'y aura jamais de concurrence à craindre !