GABRIELLE HOLLENSETT
ODEXPO : Présentez-vous en quelques phrases : qui êtes-vous et quel est votre parcours artistique ?
GABRIELLE HOLLENSETT : Résumer une vie en quelques lignes, c’est une rude épreuve. Que dire ? Que passer sous silence ? Il y a tant de choses que je juge intéressantes, et je dois faire des choix.
Alors commençons au début : naissance à Valenciennes dans le Nord de la France, dans une famille de 8 enfants, j’étais la cinquième. Parents allemands installés en France après avoir quitté dangereusement la zone d’occupation soviétique dans une locomotive en 1948 avec mes trois grandes sœurs nées à Leipzig durant la guerre. Un père et plusieurs grandes soeurs qui savaient bien dessiner, ce qui donnait lieu à des concours de dessin en famille sous l’oeil admiratif d ’une mère qui de son côté nous a transmis sa sensibilité à fleur de peau et le goût pour le chant, la musique et de la poésie.
Au lycée je dessinais toujours, même pendant les cours que mes copines me recopiaient avec des stencils en échange de dessins. Très tôt j’ai voulu faire une école d’art, mais la vie en a décidé autrement et après le baccalauréat je suis retournée sur la terre de mes ancêtres, Le Palatinat, pour intégrer un Institut d’interprètes et de traducteurs rattaché à l’université de Mayence, où j’avais obtenu une bourse . Mes études ont duré à peine quatre ans, traductrice diplômée d’ allemand, anglais, espagnol, je me lançais sur le marché du travail. Chez Michelin à Karlsruhe je traduisais toute sorte de documents 8 heures par jour pendant presque 3 ans. Avec mon premier salaire je m’étais équipée de tout ce dont j’avais besoin pour peindre . C’était formidable
Mais rapidement la traduction à longueur de journée a fini par me lasser et je repris des études d'allemand à l'université de Strasbourg pour devenir professeur . C'est en alternant l'enseignement et la pratique de la peinture et des expositions que j'entamais en 1975 un parcours artistique qui m'a comblée. Autodidacte mais aidée par de nombreux artistes qui m'enseignaient leur savoir-faire.
O : Quelles sont vos principales sources d’inspiration ?
GH : Mes principales sources d'inspiration depuis mes débuts, sont l'être humain et son environnement, avec toutes les implications sociétales, positives ou négatives. Et principalement mon émotion personnelle face à la vie et la mort . J'aimais travailler par thème, celui-ci s'imposait à moi en fonction des évènements que je vivais ou auxquels j'assistais et qui suscitaient mes émotions. Exerçant parallèlement mon métier d'enseignante, je limitais mes expositions personnelles et présentais généralement des expositions à thème. Vie et amour d'une femme, contes et légendes, Ronde de femmes, eau et variations, les émotions du cirque, emballages perdus etc
Je trouvais intéressant de faire passer des messages par ma peinture. J'adaptais également mon travail au temps dont je disposais, alternant les techniques à l'huile et le travail sur papier pour traiter d'un même thème.
O : Comment décririez-vous votre style ou votre approche artistique ?
GH : Figuration libre, abstraction lyrique, un peu d'expressionnisme, ? Peinture musicale.
J’ai toujours aimé utiliser différentes techniques traditionnelles telles que fusain, aquarelle, collage, mais principalement la peinture à l’huile sur toile.
Celle-ci reste encore la technique que j’utilise en priorité, mais dans l’urgence de libérer mon émotion de manière plus percutante et plus définitive, je reviens au travail sur papier. J’utilise pour cela la peinture acrylique, le crayon, le collage, et je me laisse plus librement entraîner vers l’abstraction pour suggérer plutôt que de montrer. Et surtout j’évite de revenir sur mon travail, je veux le laisser à l’état brut, dans toute sa spontanéité.
Lorsque je travaille une peinture à l'huile au contraire, je suis capable de remettre indéfiniment ma toile sur le chevalet, comme me l'avait suggéré un vieil artiste lorrain " 100 fois sur le métier remettez votre ouvrage"
O : Quelles thématiques ou questions abordez-vous dans votre art ?
GH : Ma principale thématique est l'humain au sein de l'univers. Ma peinture joue un rôle d'exutoire, selon les évènements , et leur cortège de souffrances ou de joies, le tout intimement lié à ma propre vie. C'est ainsi que la naissance des mes enfants fut une source d'inspiration tout comme la mort d'êtres aimés. Les guerres, la violence, la destruction de la planète par cupidité, la menace qui plane sur nos enfants, la maltraitance , tout ce qui compromet l'épanouissement de la vie sur laquelle je jette un regard visionnaire.
O : Décrivez votre processus créatif : comment passez-vous de l’idée à l’œuvre finale ?
GH : J'ai commencé à peindre à l'adolescence, je me suis formée de manière autodidacte au contact d'autres peintres. J'ai toujours aimé travailler par thème qui forcément se sont imposés à moi. A l'époque où j'enseignais encore je travaillais durant mes temps libres et m'attachais à un thème particulier qui donnait ensuite lieu à une exposition personnelle. Par exemple: Mythes et légendes,Ronde de femme, Le cirque, Emballages perdus, Le Nord de mon enfance, où sont apparus mes premiers cargos noirs etc
Pour créer j'ai toujours besoin d' une musique, parfois la même à répétition pendant des heures, qui guide ma main et marque le rythme du trait et le choix de la couleur. Je n'hésite pas à regarder la toile sous des angles différents et à continuer mon travail à l'envers. J'aime me laisser surprendre par ce que je vois sur la toile, et ce que je vois m’entraîne vers d'autres idées
Je suis très observatrice, la nature et sa beauté, ou les paysages industriels , urbains, les zones portuaires qui expriment tant de choses pour moi, sont gravés dans ma mémoire et ils renaissent spontanément sur ma toile.
La spontanéité est je crois mon principal atout. Je ne cherche pas à montrer de manière explicitement, mais à suggérer l'émotion qui m'anime.
O : Quel est l'outil ou le matériel indispensable à votre création ?
GH : Selon la technique utilisée le matériel qui m'est indispensable :
table de dessin inclinable, chevalets, pigments et médium de broyage,
peintures à l'huile extra-fine, peintures acryliques pour les fonds, bâtons de peinture à l'huile extra-fine
Pinceaux et brosses, medium à peindre,
Toiles de lin sur châssis, spatules, couteaux à peindre.
Ces outils me permettent de poser ou enlever la matière pour créer des arêtes de lumières
O : Décrivez votre espace de travail.
GH : Mon espace de travail n' est pas très grand mais je m'y sens bien. Il est haut de plafond et éclairé par un velux et une baie vitrée
munie de stores bateaux blancs pour me protéger du soleil à certains moments de la journée.
En hiver un poêle à pellets me réchauffe. Les murs blanc permettent l'accrochage de nombreuses peintures.
Un petit escalier mène à un grenier ouvert où je peux stocker les chevalets et le matériel d' expositions.
Des rampes de spots me permettent de travailler tard le soir, mais je préfère de loin la lumière du jour.
Plusieurs tables de travail me permettent de me déplacer pour capter le meilleur éclairage en fonction du soleil,
Petit coin musique: premier geste en entrant: allumer ma petite chaîne et choisir un CD
Un petit meuble pour mes press-books, et flyers. Le premier article pour ma première exposition personnelle date de 1980.
Mon atelier sent la peinture à l'huile et la térébenthine. Cela ne me dérange pas, mais j'aère régulièrement, il parait que c'est préférable..
Quand il fait beau, je m'installe à l'extérieur, dans un petit recoin entouré de roses au printemps et sur lequel ouvre mon atelier.
Je peux y recevoir des amis et ou amateurs d'art. Je peux également y travailler sans crainte de m'intoxiquer.
C'est un petit cocon créatif où, faute de réseau, personne ne me dérange au téléphone.
Régulièrement je sors devant ma porte un panneau signalant ma présence et la possibilité de venir se plonger
dans ce petit sanctuaire où les attendent mes tableaux .
O : Parlez-nous d'une de vos œuvres qui vous tient particulièrement à cœur. Pourquoi ?
GH : Titre : la maison de l’ogre (2023)
Format 54x65,
Peinture à l’huile sur toile de lin.
Je suis particulièrement attachée à cette peinture. En premier lieu parce qu’elle rejoint dans l’esprit et le thème mes peintures des années 80-90, dans lesquelles je m’appuyais sur les contes et les légendes, que je réinterprétais avec humour pour relater un fait, un évènement, qui provoquait en moi le besoin d’exprimer mon émotion.
En second lieu parce que cette peinture, contrairement à mes œuvres de jeunesse d’un style très narratif, ne montre que ce que le spectateur veut bien voir.
Sans lire le titre, il ne voit peut-être qu’une peinture abstraite intéressante par ses contrastes et ses couleurs lumineuses. Il ne voit pas la violence du bourreau et la fragilité et la peur de l’enfant pris au piège.
Si le spectateur s’attarde le titre lui ouvrira une piste qu’il choisira de voir ou non .
Personnellement je sais très bien ce que j’ai voulu jeter à la vue du public, tout en camouflant mes intentions, parce que ma nature n’est pas d’exhiber mais de suggérer et de transmettre l’émotion.
O : Comment gérez-vous les périodes de doute ou de blocage créatif ?
GH : Ici se pose une question vitale. Depuis les périodes de COVID le stress , le doute, le découragement m'ont envahie.
Ce n'est pas par manque d'idées ou de désir de créer, mais une sorte de lassitude par rapport à tout ce qu'il faut faire pour continuer à exister en tant qu'artiste. Les expositions qui coûtent plus cher qu'elles ne rapportent, le manque d'aide des municipalités.
On a beau dire que la période est difficile, qu'il faut faire le dos rond, il n'empêche que cette situation finit par faire douter de soi et de son travail.
Alors j'ai eu l'idée il y a trois ans de m'initier au modelage, et j'y ai trouvé des forces nouvelles. J'ai visité des musées pour m'imprégner des peintures des grands maîtres.
J'ai également feuilleté mes anciens cartons à dessins et revu mes créations sous un jour nouveau.
Non loin de chez moi des peintres auxquels je me suis jointe, se retrouvent chaque semaine dans un restaurant qui leur ouvre ses portes pour faire des portraits de clients venus prendre un petit café en allant au marché. J'ai donc recommencé à crayonner, sans objectif précis, juste pour remettre la machine en route.
Des associations organisent des séances de dessin ou de modelage d'après modèle vivant.
Tout cela crée une solidarité entre artistes et redonne un nouvel élan créatif.
O : Où voir vos œuvres ?
GH : Mon atelier est ouvert sur RV . Au Bois-Plage en Ré , sur l'Île de Ré. 159,rue de la Bonable.
0686636984
J'expose également en permanence à la Galerie Emergence, à Paimpol
Durant la période estivale je fais régulièrement des week-end portes ouvertes
Je publie sur ma page d'accueil les dates et lieux des expositions à venir.
Je figure sur FB, et instagram
O : Le mot de la fin…
GH : Canoline Critiks critique d'art a récemment conclu une étude de mon travail par ces lignes dans lesquelles je me retrouve vraiment:
"Gabrielle Hollensett propose une œuvre qui interpelle par sa sincérité et son intensité. Son exploration des contrastes — entre apaisement et violence, entre abstraction et narration — donne naissance à une production riche et complexe. C’est une artiste qui, à travers des techniques variées et une palette chargée de symboles, parvient à traduire l’âme humaine dans toute sa profondeur, tout en gardant un œil critique sur le monde qui l’entoure. Ses œuvres ne se contentent pas d’être vues : elles invitent à être ressenties et interrogées."