GILLES DAYOT
ODEXPO : Présentez-vous en quelques phrases : qui êtes-vous et quel est votre parcours artistique ?
GILLES DAYOT : Une vie dédiée au dessin et à la peinture
Gilles Dayot est un artiste dont le parcours témoigne d’une vie entièrement consacrée au dessin et à la peinture. Né à Lamballe en 1960, il développe très tôt, dès l’âge de 9 ans, une passion profonde pour l’art, nourrie notamment par l’écoute d’émissions radiophoniques culturelles qui éveillent son imaginaire et son désir de création.
Lors de son service militaire, il place déjà le dessin au cœur de son quotidien en réalisant de nombreux croquis de véhicules militaires, affirmant ainsi son engagement durable envers la pratique graphique.
En 1982, il s’oriente vers la décoration intérieure et la restauration de maisons bourgeoises, en collaboration avec un ancien élève des Arts décoratifs de Paris.
L’année suivante, en 1983, il réalise des fresques murales pour l’usine Citroën de Rennes, ainsi que la décoration des vestiaires, marquant le début d’un lien fort entre son travail artistique et le monde industriel.
En 1985, il crée une série de dessins illustrant la vie de Citroën en Bretagne, révélant déjà son goût pour la narration visuelle et le dessin documentaire.
Son parcours pédagogique débute en 1992, lorsqu’il devient enseignant pour le “Comptoir des Arts”.
En 1993, il réalise une bande dessinée intitulée La journée du chauffeur aliment en Bretagne, œuvre qui témoigne de son intérêt pour le récit graphique et l’observation du quotidien.
À 34 ans, en 1994, Gilles Dayot reprend ses études en arts graphiques à l’école MJM de Rennes, afin d’approfondir ses compétences techniques et artistiques, confirmant une démarche exigeante et réfléchie.
De 2001 à 2009, il enseigne le dessin et la peinture pour ART’L à Lamballe, puis intervient également comme professeur d’arts appliqués et d’arts plastiques en lycées et collèges de 2005 à 2011, partageant sa passion, son regard et son savoir-faire avec de nombreux élèves.
L’année 2007 marque un tournant décisif dans sa carrière avec la découverte du métier de portraitiste. Travaillant pour une structure associative cherchant à financer ses projets, il constate l’attrait immédiat du public pour le dessin réalisé en direct. Le mouvement du crayon, révélant progressivement un visage sur le papier, devient alors une véritable source d’échange et d’émotion. Cette expérience ouvre une nouvelle dimension à son travail, fondée sur la relation humaine et l’interaction avec le modèle.
O : Quelles sont vos principales sources d’inspiration ?
GD : Mes principales sources d’inspiration sont l’humain, à travers le portrait et la caricature, où le regard, l’expression et la singularité de chacun occupent une place centrale.
Parallèlement, je développe une démarche abstraite, fondée sur le langage des symboles, de la couleur et de la matière, laissant davantage de place à l’interprétation, à l’émotion et à l’imaginaire.
O : Comment décririez-vous votre style ou votre approche artistique ?
GD : Mon approche artistique est avant tout centrée sur l’humain. Que ce soit à travers le portrait, la caricature ou le dessin sur le vif, je cherche à capter une présence, une expression, un caractère, au-delà de la simple ressemblance.
Le dessin est au cœur de ma pratique : un geste direct, vivant, souvent réalisé en public, qui laisse apparaître le mouvement, l’énergie et l’émotion du moment. Cette spontanéité crée un lien fort entre l’artiste, le modèle et le spectateur.
Parallèlement à ce travail figuratif, je développe une démarche plus abstraite, basée sur la couleur, les symboles et la composition, comme un langage sensible permettant d’exprimer ce qui ne peut être dit par la représentation seule.
Mon style se situe ainsi à la croisée de l’observation, de l’interprétation et de l’émotion, avec une volonté constante de partage et de transmission.
O : Quelles thématiques ou questions abordez-vous dans votre art ?
GD : Mon travail artistique aborde avant tout la place de l’humain : le regard, l’identité, la singularité de chacun et la relation que nous entretenons avec les autres. À travers le portrait et la caricature, je questionne la représentation de soi, l’image que l’on donne et celle que l’on perçoit.
Le temps et l’instant sont également des thèmes importants dans ma démarche, notamment à travers le dessin sur le vif. Le geste rapide capte un moment unique, éphémère, révélant une émotion ou une attitude qui ne se reproduira pas.
Mon travail s’intéresse aussi à la relation entre l’individu et son environnement, qu’il soit intime, social ou professionnel. Dessiner en public ou lors d’événements me permet d’observer les comportements, les échanges et les dynamiques humaines.
Enfin, à travers une approche plus abstraite, j’explore des notions plus universelles telles que la mémoire, le symbole, la couleur et l’émotion, comme un langage sensible permettant d’aborder ce qui échappe à la figuration.
O : Décrivez votre processus créatif : comment passez-vous de l’idée à l’œuvre finale ?
GD : Mon processus créatif commence toujours par l’observation. Qu’il s’agisse d’un portrait, d’une caricature ou d’un dessin sur le vif, je prends le temps de regarder attentivement les formes, les attitudes, les expressions et l’énergie de la personne ou du lieu.
Vient ensuite le geste, souvent rapide et instinctif. Le dessin est pour moi un langage immédiat : le premier trait pose l’intention, le rythme et l’équilibre de la composition. J’accorde une grande importance à la spontanéité, car elle permet de conserver la fraîcheur et la sincérité du moment.
Le travail se construit progressivement par ajustements successifs : renforcement des lignes, travail des valeurs, des contrastes et des matières. Selon le projet, j’utilise le fusain, le crayon carbone, le pastel ou la couleur, choisis en fonction de l’émotion recherchée.
Pour les œuvres plus abstraites, le processus repose davantage sur une recherche intuitive, où la couleur, les symboles et la matière dialoguent librement. L’œuvre évolue par couches, parfois avec des temps de pause, jusqu’à trouver son équilibre.
L’œuvre est achevée lorsqu’elle atteint un point de justesse, quand le dessin ou la composition transmet une émotion lisible, sans surcharge, et qu’il n’est plus nécessaire d’ajouter ou de retirer quoi que ce soit.
O : Quel est l'outil ou le matériel indispensable à votre création ?
GD : L’outil indispensable à ma création reste avant tout le crayon, au sens large. Qu’il s’agisse de crayons carbone, de fusains naturels ou compressés, de charbon de bois ou de fusain liquide, ce sont des outils directs, sans intermédiaire, qui permettent une relation immédiate entre le regard, la main et le papier.
J’utilise notamment des crayons carbone, des blocs XL Derwent, ainsi que des fusains liquides NITRAM, qui offrent une grande richesse de noirs, de valeurs et de matières. Ces outils me permettent aussi bien la précision du portrait que la liberté du geste.
Le papier est tout aussi essentiel : un papier suffisamment épais (souvent 200 g) capable de recevoir les frottements, les superpositions et les reprises, sans perdre sa qualité.
Enfin, au-delà du matériel, l’élément fondamental reste le regard et le geste, nourris par l’observation, l’expérience et le contact humain. Sans eux, aucun outil ne peut véritablement donner naissance à une œuvre.
O : Décrivez votre espace de travail.
GD : Mon espace de travail est à la fois un lieu de concentration et de liberté. J’y privilégie la simplicité et la fonctionnalité afin de laisser toute la place au dessin.
Il se compose d’un chevalet, d’une grande table de travail, de rangements pour les papiers et les outils (fusains, crayons carbone, encres, couleurs), ainsi que de nombreux croquis et études qui nourrissent ma réflexion. La lumière, naturelle autant que possible, y tient une place essentielle, car elle conditionne la justesse du regard et des valeurs.
Cet espace est pensé comme un atelier ouvert, capable de s’adapter aussi bien au travail personnel qu’à la préparation de prestations en extérieur. Je travaille également souvent hors de l’atelier, sur le vif, dans des lieux publics, des événements ou en plein air, ce qui prolonge naturellement mon espace de création au contact direct du réel et des personnes.
Mon atelier c'est la Bretagne, marqué par l’expérimentation, l’observation et le temps du geste.
O : Parlez-nous d'une de vos œuvres qui vous tient particulièrement à cœur. Pourquoi ?
GD : L'Abstraction N°8 est l’une des œuvres qui me tient le plus à cœur appartient au champ de l’abstraction. À l’origine, ce tableau s’inspirait du figuratif, mais très rapidement, la représentation a laissé place à autre chose, à une nécessité plus instinctive.
Le couteau est alors devenu l’outil principal, glissant sur la toile comme une caresse, libérant la matière, la couleur et le geste. À ce moment précis, l’intention s’efface peu à peu : l’artiste perd pied, cesse de contrôler, et devient presque le simple relais d’une gestuelle intérieure.
Cette forme de mise en transe, où le corps et l’esprit ne font plus qu’un, a conduit à une œuvre chargée d’émotion, affranchie du sujet initial. Ce qui me touche profondément aujourd’hui, c’est que, dix ans plus tard, ce tableau continue de me surprendre et de me faire rêver, comme s’il conservait en lui la trace intacte de cet abandon et de cette liberté.
O : Comment gérez-vous les périodes de doute ou de blocage créatif ?
GD : Je me ressource beaucoup à travers ma passion pour le cinéma, qui nourrit mon regard, ma sensibilité et ma manière de raconter par l’image. Le temps passé avec ma famille et les animaux qui partagent mon quotidien joue également un rôle essentiel : ils m’ancrent dans le réel et m’apportent un équilibre indispensable.
Lorsque l’élan revient, il est souvent stimulé par la visite de musées, la découverte d’œuvres et d’univers différents. Enfin, grâce à ma fille étudiante, j’ai l’occasion de visiter des villes que je n’aurais sans doute jamais découvertes autrement. Ces déplacements, ces rencontres et ces changements de regard nourrissent naturellement mon inspiration et me permettent de revenir à l’atelier avec un regard renouvelé.
O : Où voir vos œuvres ?
GD : Vous pouvez découvrir mes œuvres directement sur ce site, où je présente une sélection de mon travail.
Il est également possible de les voir chez moi, sur rendez-vous, dans un cadre plus intime et propice à l’échange. Étant souvent en déplacement sur toute la Bretagne, j’ai régulièrement l’occasion de rencontrer de nouveaux clients, d’échanger autour de l’art, des démarches artistiques et des sensibilités de chacun.
Ces rencontres sont pour moi des moments privilégiés, faits de dialogue, de partage et de découvertes mutuelles, qui nourrissent autant mon travail que les relations humaines qui l’entourent.
O : Le mot de la fin…
GD : Cela faisait longtemps que je souhaitais réaliser un site présentant mon travail. Une conversation avec Françoise Outreman, qui venait justement de terminer la mise en ligne du sien, m’a donné un code de parrainage.
C’est désormais chose faite, et je suis heureux de pouvoir partager avec vous mes créations, mon univers et mon parcours artistique.
Cordialement,
Gilles DAYOT